Vous avez une scoliose et vous vous demandez si le Pilates est adapté ? Ou vous enseignez le Pilates et vous ne savez pas toujours comment réagir face à une épaule plus haute, une gibbosité ou un bassin asymétrique ?
La première chose à comprendre, c’est qu’une scoliose ne se résume pas à un dos « de travers » : c’est une organisation en trois dimensions de la colonne. Et en Pilates, l’objectif ne devrait pas être de remettre systématiquement le corps « droit », mais de comprendre comment la personne bouge, quelles sont ses capacités et ce que le mouvement peut lui apporter.
Une scoliose n’est pas simplement un dos « de travers »
La scoliose est une déformation en trois dimensions de la colonne vertébrale. Elle ne se limite pas à l’image d’un « C » ou d’un « S » vu de dos : elle associe une courbure du rachis et une rotation des vertèbres. Cette rotation participe à l’apparition de la gibbosité, la zone plus saillante que l’on observe quand la personne se penche en avant.
Autrement dit, la colonne ne fait pas simplement un virage à droite ou à gauche : elle s’organise dans les trois dimensions de l’espace. Si l’on imagine la scoliose comme une simple déviation latérale, la tentation est forte de vouloir remettre le corps « droit ». Or on est face à une organisation bien plus complexe.
Scoliose ou attitude scoliotique : ce n’est pas la même chose
Dans une scoliose structurale, il existe une déformation tridimensionnelle avec une composante rotatoire. L’attitude scoliotique, elle, est réductible : une asymétrie du tronc peut s’observer dans différents contextes posturaux, fonctionnels ou douloureux.
Cette distinction nous rappelle quelque chose d’essentiel : ce que l’on voit n’est pas forcément ce qu’il faut corriger. Observer est indispensable. Interpréter trop vite l’est beaucoup moins.
Une asymétrie n’est pas automatiquement un problème
C’est le message que j’aimerais le plus transmettre aux professionnels du mouvement : une asymétrie est une information avant d’être une erreur.
Nous avons longtemps appris à comparer les corps à un modèle anatomique idéal : bassin horizontal, épaules au même niveau, colonne parfaitement alignée. Mais un être humain n’est pas une planche anatomique. Face à une scoliose, une personne vit, marche, respire, travaille et pratique parfois du sport avec une organisation qui lui est propre. Certaines adaptations sont parfaitement tolérées, d’autres peuvent devenir limitantes.
Notre rôle n’est donc pas nécessairement de faire disparaître ce que nous voyons. Il est d’abord de nous demander : comment cette personne bouge-t-elle ? A-t-elle mal ? Évite-t-elle certains mouvements ? Comment respire-t-elle ? Quelles sont ses capacités ? Qu’est-ce qui compte pour elle ?
Il s’agit de passer de « ce corps est-il bien aligné ? » à « comment fonctionne ce corps ? » C’est l’un des principes que je développe dans la Méthode MOI™ : observer le corps avant de projeter une interprétation ou une correction.
Scoliose et douleur : attention au raccourci
Une personne peut avoir une scoliose et avoir mal au dos. Cela ne signifie pas automatiquement : « j’ai mal parce que ma colonne est tordue. » La relation entre structure et douleur est plus complexe.
Chez les adolescents avec une scoliose idiopathique, une revue systématique de la littérature (Théroux et collaborateurs) retrouve bien la présence de lombalgies, tout en soulignant les limites méthodologiques et le faible nombre d’études disponibles.1 La scoliose doit donc être intégrée au raisonnement clinique, sans devenir l’explication automatique de chaque douleur.
Et ce principe dépasse largement la scoliose : une hernie discale, une discopathie ou un spondylolisthésis apportent des informations importantes, mais un diagnostic, à lui seul, ne raconte pas toute l’histoire de la personne.
Peut-on faire du Pilates avec une scoliose ?
Dans de nombreuses situations, oui. Les recommandations internationales SOSORT sur la scoliose idiopathique reconnaissent une place aux exercices thérapeutiques spécifiques à la scoliose et recommandent aussi le maintien d’une activité physique générale.2
Il faut cependant distinguer les deux : un cours de Pilates n’est pas, à lui seul, un traitement de la scoliose. Mais il peut être un outil de mouvement intéressant, à condition de savoir l’adapter à la personne, à ses capacités, à ses symptômes et à ses objectifs. La question devient donc moins « peut-on faire du Pilates avec une scoliose ? » que « quel Pilates, pour quelle personne, et dans quel objectif ? »
En Pilates, je ne cherche pas une colonne parfaite
Mes objectifs sont de préserver la mobilité disponible, d’explorer différentes possibilités de mouvement, de développer progressivement les capacités physiques, de travailler avec la respiration et de permettre à la personne de bouger avec davantage de confiance.
« On ne cherche pas la colonne droite. On cherche un corps qui respire mieux, qui bouge mieux, qui souffre moins. »
Cela change beaucoup de choses dans la façon d’enseigner. Une épaule plus haute n’appelle pas automatiquement une consigne pour la descendre. Un bassin asymétrique n’a pas forcément besoin d’être replacé de force. Une gibbosité n’est pas quelque chose qu’il faudrait chercher à « effacer » pendant un exercice. On commence par observer ce qui se passe quand la personne bouge.
Quand un exercice devient un outil d’observation
Un mouvement aussi simple qu’un roll down peut ne plus être seulement « bien ou mal réalisé » : il devient un moyen d’observer, de proposer, puis d’adapter selon la réponse de la personne. La respiration, elle aussi, donne des informations sur la façon dont la cage thoracique participe à l’organisation du corps.
L’objectif n’est évidemment pas de prétendre qu’on « corrige » une scoliose. C’est d’utiliser le mouvement comme une expérience, et de se demander à chaque étape ce que la réponse du corps nous apprend. C’est ce raisonnement, plus que les exercices eux-mêmes, que je transmets dans mes formations.
Le bon exercice n’existe pas indépendamment de la personne
Quand on me demande « quel exercice faut-il faire pour une scoliose ? », j’ai envie de répondre : « pour quelle personne ? »
Deux personnes avec le même diagnostic peuvent avoir des capacités, des douleurs, des appréhensions et des objectifs complètement différents. L’une, sportive et mobile, n’a quasiment aucune crainte pour son dos. L’autre a peur de se pencher, évite de porter et pense que certains mouvements vont abîmer sa colonne. Même diagnostic, mais probablement pas la même stratégie d’accompagnement.
L’exercice devient alors un outil, pas une recette. Et connaître un grand répertoire de Pilates ne suffit plus toujours. Il faut aussi savoir pourquoi on choisit ce mouvement, ce qu’on en attend, ce qu’on observe, et comment la réponse de la personne influence la décision suivante.
Quand la scoliose rencontre la lombalgie
Scoliose, hernie discale, spondylolisthésis, discopathie : ces diagnostics nous apportent des informations, mais ils ne disent pas quel exercice choisir. Face à quelqu’un qui a mal au dos, les vraies questions sont ailleurs. Pourquoi cette personne a-t-elle mal aujourd’hui ? Que redoute-t-elle ? Qu’évite-t-elle ? Que pouvons-nous tester ? Quel mouvement lui proposer, à quelle dose, et comment le faire évoluer ?
Pour la lombalgie chronique primaire de l’adulte, l’Organisation mondiale de la santé propose d’ailleurs, dans une prise en charge globale, des programmes d’exercices structurés, de l’éducation et certaines interventions psychologiques.3 Le véritable enjeu n’est donc pas d’avoir des exercices. C’est de savoir quoi en faire.
Une formation pour passer du savoir à la décision
C’est pour travailler ce passage que nous avons construit avec Lucile Vignal une formation consacrée à la prise en charge des lombalgies.
Les 12 et 13 novembre 2026, à Roanne, nous travaillerons pendant deux jours à partir de situations concrètes, puis pendant 10 semaines de classes virtuelles en direct, parce que le plus difficile commence souvent une fois de retour au cabinet. Le groupe est limité à 12 places. Le tarif est de 900 €, avec une prise en charge possible par le FIF PL pour les kinésithérapeutes libéraux. La formation s’adresse aussi aux ostéopathes et aux enseignants en APA.
L’objectif n’est pas de repartir avec « hernie = exercice A, scoliose = exercice B ». C’est de devenir capable de répondre à une question beaucoup plus intéressante : pourquoi cet exercice, pour cette personne, aujourd’hui ? Et surtout : que faire quand sa réponse n’est pas celle que nous avions imaginée ?
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Vous avez une scoliose et vous cherchez un accompagnement ?
Le mouvement peut vous faire du bien, avec une approche adaptée à votre corps et l’avis de votre médecin. Découvrez mes séances de Pilates thérapeutique à Roanne ou en ligne.
Questions fréquentes sur la scoliose et le Pilates
Peut-on faire du Pilates avec une scoliose ?
Oui, dans de nombreuses situations, avec des adaptations selon la personne, ses capacités, ses symptômes et son contexte médical. En cas de scoliose évolutive, de douleur importante ou de situation médicale particulière, un avis professionnel est indiqué.
Le Pilates peut-il corriger une scoliose ?
Non, le Pilates ne corrige pas une scoliose structurale. Il peut en revanche aider à travailler le mouvement, les capacités physiques, la mobilité, la respiration et la confiance dans le mouvement.
Une scoliose donne-t-elle forcément mal au dos ?
Non. Une scoliose peut coexister avec des douleurs, mais la relation entre les caractéristiques de la colonne et la douleur est plus complexe. Une douleur doit être évaluée dans son contexte plutôt qu’attribuée automatiquement à la scoliose.
Quelle différence entre scoliose et attitude scoliotique ?
Une scoliose structurale est une déformation tridimensionnelle du rachis qui comporte une composante de rotation. Une attitude scoliotique est une asymétrie réductible, sans cette déformation structurale.
Cet article propose des informations générales et ne remplace pas une évaluation médicale ou kinésithérapique individualisée.
Sources
- Théroux J. et al., « Prevalence of low back pain in adolescents with idiopathic scoliosis: a systematic review », Chiropractic & Manual Therapies, 2017. Lire l’étude
- Negrini S. et al., « 2016 SOSORT guidelines: orthopaedic and rehabilitation treatment of idiopathic scoliosis during growth », Scoliosis and Spinal Disorders, 2018. Lire les recommandations
- Organisation mondiale de la santé, « WHO guideline for non-surgical management of chronic primary low back pain in adults in primary and community care settings », 2023. Consulter la publication